Le nœud : réduire sans appauvrir
Une décroissance aveugle serait une mauvaise politique.
Tous les territoires, tous les groupes sociaux et tous les secteurs ne disposent pas du même niveau de sécurité matérielle. Certains manquent encore de logement correct, de soins, de mobilité, d’énergie fiable, d’éducation, de nourriture de qualité ou simplement de temps. D’autres disposent de stocks matériels, de surfaces, de mobilités, d’équipements et de consommations très supérieurs à ce qui est nécessaire à une vie digne.
Dire « moins pour tout le monde » transformerait l’écologie en austérité.
La question plus juste est donc : qu’est-ce qui doit diminuer, qu’est-ce qui doit être protégé, et qu’est-ce qui doit au contraire augmenter ?
Une société de suffisance peut avoir besoin de davantage de trains, de logements rénovés, d’infirmières, d’écoles, de réseaux électriques, de recherche ou de certains matériaux. Elle peut vouloir davantage de musique, de connaissance, de santé, de sécurité, de temps libre, de relations, de beauté urbaine ou de capacités d’agir.
Ce qu’elle refuse n’est pas toute croissance locale. Elle refuse que l’augmentation indéfinie de l’ensemble de la production reste la réponse par défaut à presque tous les problèmes.
La décroissance n’est donc pas « moins ». Elle cherche à remplacer une croissance indistincte par une distinction politique entre ce qui mérite de croître, ce qui peut se stabiliser et ce qui doit réellement décroître.